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Ce voleur qui... | 15 décembre 2006
Ca faisait au moins deux heures qu'il était là, penché sur cette feuille désespérément blanche, qui semblait le narguer dans la pénombre de son bureau, et les mots, timides et muets, se refusaient à sortir. Il avait griffonné quelques phrases sur le papier vierge, pour les rayer tout de suite après.
Lui qui ne savait rien faire de ses mains, rien d'autre que ses petits écrits, recommandait à ses enfants de ne pas dire dehors le métier que faisait leur papa. Lui qui connaissait les palais de justice mieux que les pires malfrats. Réduit au vagabondage à force de chercher un en droit où passer la nuit, Il quittait son refuge le matin sans être sure de rentrer le soir, contraint de raser les murs pour se faire discret, à défaut d'être invisible. On le menaçait dans le secret des cabinets officiels et dans les grottes reculées des maquis.
Tout cela parce qu'il était journaliste, témoin bavard de son époque, dénonciateur effronté de l'injustices. Il touchait à travers ses chroniques, le cœur et la conscience des gens, montrant du doigt les coupables corrompus et leurs complices.
Il voulait que le monde sache à quoi ressemblait sa vie, partage ses peurs et ses angoisses.
Ses idées se bousculaient dans sa tête dictant fiévreusement les lignes qui emplissaient les pages les une après les autres.
Il écrivit sa chronique d'un trait; et quand il eut fini, une grande fatigue l'envahi, il se sentit soudain vidé, écœuré. Et ne voulu même pas relire ce qu'il venait d'écrire.
-Le temps passe, le lecteur oublie- avait-il l'habitude de dire à ses proches, mais cette fois, il savait que ça allait être différent.
Le lendemain, à midi, 3 balles retentirent dans un restaurant d'Alger. Les mains sur la table, la tète légèrement inclinée sur une assiette de crudités à peine entamée, un léger filet de sang coulait derrière sa tête, mortellement touchée. Il est resté là, assis seul au milieu de la salle désertée. Il n'est pas tombé par terre, se refusant de toucher le sol, comme un dernier acte de résistance...
Il n'était plus Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, et continuait d'espérer contre tout, parce que, n'est-ce pas, les roses poussent bien sur les tas de fumier.
Hommage à Said Mekbel, journaliste Algérien assassiné le 3 décembre 1994 à Alger.
Nous ne t'oublierons pas.
Cette chronique est en grande partie inspirée du dernier billet, prémonitoire, de said mekbel, écrit un jour avant son assassinat.
Publié par omarsito à 17:37:24 dans blogalia
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